BASEBALL
(Sous la direction de Michel Nareau)
Le baseball est pratiqué dès l’enfance, souvent sous la férule d’un père qui inculque un savoir, une passion et des valeurs par cet échange sportif. Le baseball est de plus un sport professionnel, une activité régulée, payante, suivie par une foule importante. Il occupe donc un large spectre des pratiques de loisirs, ces moments de moindres contraintes, que ce soit comme joueurs ou comme spectateurs. Y est sous-entendu un effort physique, de la compétition, des règles précises et reconnues. De plus, le baseball est une action réitérée selon un calendrier professionnel de 162 matchs, ce qui le rend quotidien pour nombre de partisans par les médias. Jouer au baseball, c’est ainsi faire partie d’une équipe, être dehors, organiser l’espace, participer à des échanges très concrets où la balle, les buts, les bâtons dictent un quotidien, mais surtout toutes sortes de discours qui intellectualisent la pratique. Le baseball est une collection d’artéfacts, de joutes, d’objets qui sont dédoublés en discours idéologiques, en clichés commerciaux, en phraséologies nationalistes, en clameur journalistique.
Il y a donc lieu de s’interroger sur l’intérêt produit par ce sport, sur la vénération que lui voue son public enthousiaste. Qu’y a-t-il dans son organisation, sa structure, sa pratique effective, sa spatialité qui rejoint ses adeptes? Le baseball instaure certes une expérience concrète de la mémoire, des filiations, des reconnaissances sociales, mais il le fait en cernant d’abord un enjeu fort simple : gagner, ce qui provoque une manifestation d’allégresse rarement égalée. Ce sport communique de facto des passions, un engouement, une participation qui prennent plusieurs formes : de l’identification à la collection d’autographes ou de cartes, de la consultation des classements et des sommaires dans les journaux à l’écoute de lignes sportives. Le baseball, comme les autres sports, est rejoué au quotidien, dans ses menues manifestations, dans ses objets usuels, intégrés à la banalité journalière. De ces « usages du quotidien » (De Certeau), le baseball, par sa pratique, ses objets, sa présence coutumière et suivie dans les médias et dans la rue, perfore le social, le culturel.
S’il est intéressant d’aborder la manière dont s’élabore de tels discours sociaux préformés, véritables topoï qui nous insèrent dans la nostalgie du baseball, il est encore plus stimulant de revenir à ce que cette pratique engage du réel. Le baseball n’arrive jamais innocemment; il est déjà façonné par des préconstruits. Il importe donc de déconstruire ces discours. Il s’agit surtout de faire parler le baseball et n’ont pas de parler à travers lui à partir de préjugés socialement énoncés. À partir de ses éléments les plus spécifiques (balles, bâtons, gants, uniformes, stade), de ses pratiques connexes (métiers apparentés, collectionneurs, etc.), le baseball sera ici étudié dans ses fonctions concrètes, de telle manière que soit saisie la portée de ses artéfacts mémoriels.
Sont attendus, pour ce dossier des Cahiers de l’idiotie, des articles qui envisagent le baseball par les biais les plus directs afin de se rapprocher le plus possible des pratiques propres à ce sport. Le point de départ de la réflexion doit être lié à un des éléments du scénario du baseball, à sa mise en scène ritualisée par des objets, des collections, à sa mise en discours (fictionnel, politique ou médiatique), afin de dégager sa logique opérante.
Nous invitons les chercheurs en sciences humaines à soumettre un article à Michel Nareau (nareau.michel@uqam.ca) avant le 1 septembre 2010 en se conformant aux règles de présentation des manuscrits de la revue. Veuillez lire également l'énoncé méthodologique de la revue science et idiotie.
EXOTISMES DE LA PENSÉE DE ROBERT HÉBERT
(Sous la direction de Jean-Pierre Couture et Dalie Giroux)
En exigeant toutes les radicalisations dont elle est susceptible, la pensée de Robert Hébert a introduit l’espace-temps dans le discours philosophique. Thérapeutique de l’universel-colonial, l’œuvre-laboratoire du dumpster-diver de la vallée du Saint-Laurent provoque le malaise. Elle donne à voir dans le corporel, dans le continental, dans le mémoriel, dans le résiduel, quelque chose qui demeure philosophiquement indéfendable et donc téméraire. Pas tellement l’appartenance de la pensée au sol, ce qui ne serait encore qu’être phénoménologue ou historien. Pas tellement une affirmation locale de l’universel, ce qui ne serait encore qu’une demande de reconnaissance.
Il s’agit plutôt chez Robert Hébert de penser, par tous les moyens, ce qui pense en nous. Loin du connaissant et du convenu, la méthode d’Hébert consiste à mettre en tension l’intime et le géographique. Elle cherche à traduire les résonances du corps philosophe comme autant de secousses spirituelles, de visites spectrales et de vérités caverneuses qui hantent la surface de la terre. Ces traces composent une musique que seule une âme errante peut à son tour interpréter.
La fonction exotique de la pensée de Robert Hébert ne tient pas dans l’évocation de l’ailleurs. Elle tient dans l’entretien de la question du lieu. Lieux qu’on ne voit pas, lieux qu’on ne voit plus, lieux qu’on ne veut pas ou qu’on ne veut plus voir. Robert Hébert, philosophe « sans chaire ni pension », dirait Jean-Jacques Rousseau.
Was heisst denken dans la Vallée du Saint-Laurent ? La philosophie de Robert Hébert est un programme géophilosophique majeur. Chaque texte est un chantier et ensemble ils recoupent une série de topoï que les Cahiers de l’idiotie veulent (re)mettre sur le métier.
- La pensée médiumnique : art de l’à-propos spatial et temporel de la lecture et de la parole, médiumnité qui implique de ne jamais sacrifier l’expérience sensuelle qui fonde l’être-vraiment-là de l’intelligence qui respecte son tempérament. Dépouilles (1997); L’homme habite aussi les franges (2003).
- Des objets et des restes : gisements de pensée aux interstices des époques, grouillement sous les stèles soulevées des imaginaires clôturés, l’irréductibilité objectale qui charrie l’époque, le cadavre de l’affaire Guibord, le dentier du caporal Lortie, la tombe d’Hannah Arendt. Rudiments d’us (1983); Le Procès Guibord ou l’interprétation des restes (1992).
- Un projet postcolonial : l’Amérique française, territoire neuf de la pensée et enclave nommée par la voix de l’autre. Montréal-Paris ou Montréal-Burlington ? Traduire dans la dépendance métropolitaine ou prendre son char pour mettre la main sur Rawls. L’Amérique française devant l’opinion étrangère (1989); Novation (2004).
- Les dépouilles et le testamentaire : récurrences emphatiques du bilan, de l’ultime, du dernier écrit; se déshabiller par l’écriture pour habiller l’œuvre, chroniques du testament toujours définitivement recommencé. Mobiles du discours philosophique (1978).
Ces chantiers sont traversés par une écriture. Destruction discrète de la philosophie sans lieu ni objet, le programme géophilosophique de Robert Hébert vise à faire rendre gorge au réel par la démonstration d’une créativité monstrueuse et par une entreprise de conjuration des « puissances du faux » qui échappe néanmoins à l’esprit de sérieux qui afflige parfois la pensée d’ici. Les mots d’Hébert empruntent souvent la tonalité d’une jovialité forte, colorée par une ironie qui sert la restitution d’un étonnement premier, rendu transmissible. « L'ironie comme catalyse productive, rupture dissymétrique dans l'ordre du discours, mouvement insatiable qui force le sens à livrer ce qu'il signifie réellement » (L’homme habite aussi les franges, p.117).
Inspirés par cette écriture et ce programme, par cette légèreté, et par cet amour des choses petites, de l’à-peine visible, les Cahiers de l’idiotie invitent à une fête de la pensée dans les plis, les vents, les béances, le bric-à-brac et les larmes du grand corps Hébert.
*Bibliographie à jour des écrits de Robert Hébert fournie sur demande.
*Date limite pour soumettre une contribution au comité de rédaction : 1er janvier 2011
Règles pour la soumission d’un manuscrit